Tout ça, c’était inutile, violent et surtout évitable.
Pas avec une loi mieux faite, pas avec une justice plus rapide, pas avec plus de règles. Les législateurs ont fait la loi qu’ils estimaient la meilleure avec les éléments (mensongers) qu’on leur a livrés, la justice fait ce qu’elle peut, l’administration est composée de gens qui ne peuvent pas supporter l’idée de l’ief.
Mais c’était évitable sous un régime déclaratif, comme auparavant. Le système fonctionnait aussi bien que possible, malgré l’hostilité larvée de l’administration. L’arsenal législatif pour repérer les enfants hors cadre était suffisant (avec le recoupement des fichiers de la CAF, des mairies et de l’éducation nationale par exemple).
Le maintien d’un système dérogatoire, c’est plus de travail pour une administration aux limites qu’on a vu, une charge administrative délirante pour les familles, un engorgement des tribunaux administratifs, la menace perpétuelle d’un changement de politique : nous sommes suspendus au bon vouloir des directives ministérielles, que le rectorat refuse toujours de nous communiquer, tout comme les barèmes d’évaluation des dossiers.
Il n’y a pas de « en même temps ». Un système qui reste dérogatoire mais en même temps mieux encadré ? Qui demanderait aux familles et aux agents de s’adapter encore, alors que l’administration est en roue libre ? Un régime déclaratif mais en même temps plus sévère ? Alors que les abus lors des contrôles étaient légions, pour ne pas dire la norme absolue, sans que les familles n’aient de recours effectifs, sauf quand la situation avait tellement dégénéré que l’affaire finissait par atterrir devant le tribunal administratif ?
Le régime déclaratif pouvait évoluer : des contrôles effectués obligatoirement par des spécialistes de l’ief, une proposition d’inscription à l’école sans obligation d’assiduité pour permettre aux ief de participer aux voyages scolaires ou au temps de sociabilité (kermesses, galette des rois…), obligation pour les mairies de plus de 5 000 habitants de mettre à disposition un lieu de sociabilité pour les instruits en famille, pour permettre de se retrouver et d’échanger, accession à l’allocation de rentrée scolaire (les iefeurs ne la touchent pas), tarifs réduits dans les lieux de cultures, reconnaissances des acquis de l’expérience pour les parents instructeurs, plateforme d’échange de pratique pédagogiques et de matériel…
Les pistes ne manquent pas. Elles sont stimulantes, passionnantes, pleines de sens.
En attendant le retour au régime déclaratif, on rame, nous autres pirates.
On continue à instruire, à innover (fun fact : la fameuse méthode Singapour est arrivée en France après que les inspecteurs l’aient découverte chez les familles ief ; un écosystème éducatif divers, ça enrichi tout le monde) et ça se fait sans aucun soutient de notre pays, voire dans l’hostilité générale.
Nous ne sommes pas nombreux, nous ne faisons de mal à personne, ne lésons personne, ne blessons personne (sauf peut-être la susceptibilité de quelques-uns). Nous ne proposons pas un changement de société, nous demandons juste un espace pour vivre une nouvelle façon de vivre et d’apprendre.
