Pourquoi mes enfants ne vont pas à l’école ? Est-ce que vous avez déjà posé la question réciproque, à une famille scolarisante ?
Oui je sais c’est moche de répondre à une question par une autre question.
Mais en fait, elles ne vont pas à l’école parce qu’on se l’est posée cette question, « pourquoi on la mettrait à l’école ? », et qu’on n’a pas trouvé de réponse satisfaisante.
Pour apprendre ? Elle apprenait très bien sans aller à l’école. Elle a appris à parler, à marcher, à chanter, à s’habiller, à peindre, à faire des tours de cube, à lécher ses doigts pleins de pâte à gâteau… sans que personne ne lui donne de cours. Alors quand elle a montré de l’intérêt pour le graphisme, pour les lettres, pour les chiffres, on a juste fait évoluer son environnement, on a joué avec elle… et ça marchait.
Pour les copains ? Elle avait des copains, de tous les âges. Vraiment tous les âges. Ce n’est pas une expression pour faire joli : elle liait facilement, avec tout le monde, et tous les enfants étaient des amis potentiels (surtout si sa cible avait un goûter fourré au chocolat ou un ballon).
Pour apprendre la vie ? À quel moment de « la vie », on est enfermé à 30 personnes, du même age, vivant dans le même quartier, et donc potentiellement du même milieu social, pour apprendre une discipline qu’on ne maîtrise pas – à savoir, la vie en société – en espérant que cette seule organisation va permettre d’apprendre cette discipline ? Est-ce que ce qui en découle, c’est vraiment ce qu’on a envie de transmettre ? Est-ce que c’est vraiment « la vie » qu’on enseigne là ?
Pour le mode de garde ? Soyons honnêtes : on a besoin de l’école pour confier nos enfants, et aller travailler. Historiquement c’était même une des raisons de la massification scolaire du XIXe siècle : pour permettre aux ouvrières d’aller travailler l’esprit tranquille. Même les patrons ne s’y sont pas trompés : certains ouvraient des crèches et des écoles dans les lieux de productions et les usines paternalistes.
Je n’avais pas d’obligation professionnelle, je savais que je travaillerai de toute façon à la maison. Donc on n’avait jamais eu besoin de mode de garde, et à l’avenir non plus. Et surtout, on n’avait pas besoin des contraintes que l’école allait ajouter à notre mode de vie : des horaires, un calendrier… Quand on scolarise, c’est toute une famille qui retourne à l’école, et moi, franchement, ils m’avaient assez vu.
Mais… Mais « l’école à la maison » c’est quand même un truc de bourgeois privilégiés qui veut séparer sa précieuse marmaille de la plèbe. Qui a vraiment envie d’en être. Moi, gauchiasse devant l’éternelle, woke finie, ce n’est pas tellement l’étiquette que j’ai envie de me trimbaler.
Et en même temps, quelle plaie : on était si bien tous les trois. Elle était avec nous tout le temps, on en profitait à fond. On l’a emmenée partout : en répétition, au bar, en spectacle. Elle nous a emmenés partout : aux événements pour darons, aux ateliers d’éveil, au bac à sable.
On a pu s’émerveiller de toutes ses premières fois, on était toujours aux premières loges, toujours.
Avec l’école, tout allait s’arrêter. Terminée la vie de bohème un peu foutraque tous les trois. Il allait falloir prononcer la phrase « allez, il faut qu’on rentre, il y a école demain ». Il allait falloir se taper les fournitures scolaires, les réunions de rentrée, les autres darons, le conformisme… L’angoisse.
À force de tergiversations, le mois d’avril où on aurait dû inscrire notre fille à l’école est arrivé. On ne l’a pas fait, pas comme un événement, pas comme une prise de décision, ou un acte politique. On teste : après tout l’école ce n’est obligatoire qu’à partir de 6 ans, elle en a 3. Elle avait bien compris que les autres y allaient, ce n’était pas un secret.
Juste un jour, elle n’est pas allée à l’école.

Une réponse à “Chapitre 2 – Un jour, ma fille n’est pas allée à l’école”
Franchement ce chapitre m’a carrément fait pleurer …